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CORRECTION MUTUELLE Comment corriger les copies d’élèves lorsqu’il s’agit d’un travail d’analyse ou de réflexion ? D’une part, par quelques commentaires dans la marge de chaque copie. Commentaires individuels qui exigent beaucoup de temps de la part de l’enseignant, qui ne peuvent donc être que relativement laconiques et ne sont pas toujours compris pas l’élève. D’autre part, par un corrigé type, qui a le défaut de ne pas réellement traiter les difficultés d’articulation et de conceptualisation des élèves. Afin d’adresser ce problème, l’exercice de “Correction mutuelle” propose d’ériger la correction de copie au statut d’exercice en soi, effectué collectivement, par classe entière ou par petits groupes. Mise à part une meilleure compréhension de la correction, ceci permet d’extraire la notation de la vision arbitraire, subjective ou injuste que les élèves peuvent en avoir. L’élaboration du jugement est de fait introduite comme partie intégrante de la formation de l’élève, au lieu d’un acte extérieur et mystérieux. Plutôt que d’en rester à une simple note, dont la valeur l’obsède, l’élève est initié au processus même de l’évaluation, situation plus productive et nettement moins infantilisante.
Déroulement
Comme pour les exercices précédents, l’enseignant fonctionne ici en creux, et non en plein, car il doit amener les élèves à se forger leur jugement personnel et établir des critères, en faisant fi de son opinion éduquée, du moins dans un premier temps. Les élèves seront d’ailleurs surpris, voire mal à l’aise, face à cette absence de prise de position de la part de leur professeur. Ils émettront sans doute des réserves, parfois violentes, lorsqu’il leur sera demandé d’évaluer la copie d’un de leurs camarades, de surcroît en public. “Nous ne sommes pas formés à cela” diront-ils de manière naïve, ou bien “Ce n’est pas notre rôle que de juger les copies”. Plus que pour d’autres exercices, il faudra un certain doigté de la part de l’enseignant pour leur faire jouer ce rôle d’apprenti correcteur. Il sera nécessaire de rappeler que lors d’un examen, chaque élève est seul, et il doit pouvoir de lui-même évaluer sa propre copie afin de rectifier le tir et de modifier ce qui doit l’être au cours de la relecture.
Voici en gros un des principes de fonctionnement. Prendre une copie d’élève, sur laquelle n’apparaît aucune correction. Elle peut être celle d’un élève de la classe ou d’une autre classe, anonyme ou pas. Cet exercice peut d’ailleurs effectué à peu près sur n’importe quel type de travail, dans n’importe quelle matière. En distribuer la photocopie aux élèves (si possible la retaper sur ordinateur pour plus de lisibilité), tout en ayant avec soi la même copie, déjà corrigée. Leur expliquer qu’ils doivent en apprécier le contenu. Cela les gênera au début, surtout en certaines classes où parler de l’autre en public est presque tabou. Mais peu à peu les langues se délieront, et au fur et à mesure de la discussion, ou des discussions, le niveau d’analyse s’affinera. Poser de temps à autre diverses questions, sans avoir l’air d’émettre son opinion de professeur - ce qui n’est pas très facile – afin de créer une tension et donner plus de substance au débat. On ne saurait manquer de constater où en sont les élèves à propos de leur compréhension de ce qu’est une dissertation ou autre exercice.
Lorsque la discussion semble avoir assez duré, et que l’on a relativement fait le tour de la copie, chacun à tour de rôle, en se préparant par écrit - en quelques minutes - ou directement à l’oral, attribue une note et la justifie par un commentaire général de la copie. L’enseignant lit finalement sa propre correction, formule ses commentaires, qu’il s’agit de comparer à ceux des élèves, de même que sa note, qui sera comparée à la moyenne octroyée par la classe. On observera que la différence n’est en général pas totalement aberrante, et si elle l’est, l’enseignant sait au moins ce qu’il lui reste à faire. On peut ensuite passer à une autre copie.
En classe entière, travailler deux à quatre copies en une session de deux heures semble être le but adéquat. Il s’agit donc de choisir les copies en fonction de leur intérêt pédagogique, en sachant que l’on ne peut faire toute la classe de cette manière : ce serait absurde. Ce n’est pas la quantité qui prime ici. Il s’agit surtout pour l’élève d’apprendre à corriger, plutôt que d’être toujours corrigé. Le “demi-tour de cheville” mental que cela implique chez lui est important, pour plusieurs raisons qui peuvent aisément être imaginées. Ne serait-ce que le responsabiliser face à lui-même en combattant l’infantilisme lié à l’attente permanente de la note du professeur, sorte de “Tac au Tac” scolaire. Un travail d’analyse générale de la séance, afin de mettre au jour les problèmes principaux, peut aussi s’avérer utile. Soit en demandant aux élèves d’effectuer ce récapitulatif, soit en le réalisant soi-même, dans la foulée ou la fois suivante.
L’exercice peut aussi s’effectuer en demi-groupe, ou en petits groupes de trois ou quatre. Dans ce type de fonctionnement, chaque groupe doit avoir un animateur qui se charge d’organiser le travail, l’enseignant devant passer d’un groupe à l’autre afin de superviser le fonctionnement. Plusieurs groupes peuvent même étudier les mêmes copies, afin de comparer leurs analyses en séances plénières. Mais avant d’accorder ainsi plus de responsabilité aux élèves, il vaut mieux que l’enseignant ait déjà montré lui-même comment pratiquer ce type d’exercice. De la même manière, il est possible d’alterner l’animation des élèves et celle de l’enseignant, afin de rappeler certaines règles élémentaires, liées à un fonctionnement plus structuré.
Dans la même veine, il est aussi productif de donner à chaque élève une copie à corriger à la maison, ou d’organiser la correction par petits groupes de travail, forme plus stimulante. Cette préparation, qui incite l’élève à une certaine autonomie, servira de base au travail ultérieur en classe. Autre exercice complémentaire : demander aux élèves de refaire le travail corrigé en incorporant les commentaires apportés durant les séances de travail.
La correction de travail en classe, dans la mesure où elle tient compte des erreurs ou lacunes trouvées dans les copies d'élèves, est nécessaire. Il est crucial de montrer plus précisément aux élèves ce que l'on attend d'eux. N'est-ce pas l'esprit même de toute correction d'exercice que de se définir par rapport à cela ? Il s’agit de rectifier, d’améliorer, pas simplement d’évaluer. Ne pas travailler la correction, c'est nourrir la suspicion de partialité dans l'esprit des élèves. “Je suis un incompris. Je méritais mieux que cela”. Quel enseignant ne souhaiterait pouvoir travailler au corps une telle idée ?
La “ Correction mutuelle ” est un exercice collectif, qui consiste à évaluer en commun un travail donné, en proposant des analyses sous forme d’hypothèses, en les développant ou en les modifiant grâce à des interrogations ou des objections pertinentes, et en comparant ces diverses réponses pour en extraire les enjeux plus fondamentaux.
Le travail à effectuer se porte sur les points suivants : approfondir une lecture, produire des critiques et des critères d’évaluation, les articuler précisément et clairement, produire des questions subsidiaires et y répondre, écouter l’autre, assurer la présence d’un lien logique ou conceptuel entre les idées, synthétiser ou analyser l’ensemble du travail.
En guise de préliminaires, un exercice court peut être proposé. La copie d’un élève est distribuée. Chaque élève doit l’évaluer au moyen de trois critères spécifiques, qu’il doit déterminer par lui-même ou qui sont proposés à l’avance par l’enseignant, ou une combinaison des deux.
Un exercice par écrit, plus complet, peut être proposé en guise d’initiation ou de complément à ce type d’atelier. La copie d’un élève est distribuée par l’enseignant, chaque élève doit en produire par écrit une évaluation argumentée sur une feuille volante. On peut déterminer arbitrairement un nombre de remarques imposées, choisies pour leur importance : trois ou quatre, afin de concentrer l’analyse. Chacun passe ensuite sa feuille à son voisin, qui doit commenter l’analyse proposée. L’élève reprend sa feuille et répond aux commentaires. Un deuxième voisin commente l’analyse initiale. L’élève répond à nouveau. La procédure se répète une troisième fois. Chaque élève est invité à analyser le résultat de ces échanges sur sa réponse initiale : son analyse a-t-elle changée ? a-t-elle été précisée ? quelle est la nature du changement ? quels sont les enjeux de la discussion ? Une discussion plénière s’installe ensuite afin de discuter quelques analyses, ou bien l’enseignant produira lui-même quelques commentaires d’analyse.
Autre exercice, écrit ou oral : chaque élève produit une analyse écrite d’une copie donnée. Un tour de table est effectué, où chaque élève lit son analyse. Chacun doit commenter l’analyse d’un camarade, qu’il choisit lui-même. Le travail sur s’effectue ensuite oralement, un élève à la fois. Ou bien chacun est invité à choisir deux analyses qui paraissent s’opposer, afin de les comparer et de déterminer leurs enjeux.
Dans ces différents cas de figure, l’enseignant peut choisir de se concentrer sur un aspect spécifique du travail. Le recours à l’écrit a un avantage : chacun doit s’investir de fait, et l’enseignant n’a pas à attendre que se lève une main “ courageuse ”. | |