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LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE
LES DIFFICULTÉS
Les frustrations
Au delà de l’intérêt pour
l’exercice philosophique, le sentiment négatif
prédominant, celui le plus fréquemment exprimé
par le sujet lors des consultations philosophiques, comme au cours des
ateliers de réflexion en groupe, est celui de la frustration.
Premièrement, la frustration de l'interruption:
l’entretien philosophique n’étant pas le lieu du
défoulement ou de la convivialité, une parole incomprise
et longue, ou encore celle qui ignore l’interlocuteur, se doit
d'être interrompue; si elle ne nourrit pas directement le
dialogue, elle ne sert pas à l’entretien et n’a pas
lieu d’être dans le contexte de l’exercice.
Deuxièmement, la frustration liée à
l’âpreté: il s'agit davantage d’analyser la
parole que de la prononcer, et tout ce que nous aurons dit pourra
être utilisé "contre nous".
Troisièmement, la frustration de la lenteur: plus question de
provoquer accumulations et bousculades de mots, il ne faut craindre ni
les silences, ni de s'arrêter sur une parole donnée afin
d'en appréhender (au double sens du terme: capturer et
redouter) pleinement la substance. Quatrièmement, la
frustration de la trahison (là aussi au sens double de ce
terme) : trahison de notre propre parole qui révèle ce
que nous ne désirions pas dire ou savoir et trahison de notre
parole qui ne dit pas ce que nous voulons dire. Cinquièmement,
la frustration de l'être: ne pas être ce que nous voulons
être, ne pas être ce que nous croyons être, se voir
dépossédé des vérités illusoires
que nous entretenons, consciemment ou non, parfois depuis très
longtemps, sur nous-même, notre existence et notre intellect.
Cette frustration multiple, parfois pénible, n'est pas toujours
clairement exprimée par le sujet. S'il est quelque peu
émotif, susceptible ou peu enclin à l'analyse, il
n'hésitera pas à crier à la censure, à
l'oppression. "Vous m'empêchez de parler" alors que de
longs silences inutilisés, inoccupés par la parole,
ponctuent périodiquement cette même parole qui a du mal
à se trouver. Ou encore : "Vous voulez me faire dire ce
que vous voulez", alors qu'à chaque question le sujet peut
répondre ce qui lui convient, au seul risque d’engendrer
de nouvelles questions. Initialement, la frustration s'exprime souvent
comme un reproche, toutefois, en se verbalisant, elle permet de
devenir un objet pour elle-même; elle permet au sujet qui
l'exprime de devenir objet à lui-même. À partir de
ce constat, il devient capable de réfléchir,
d’analyser son être au travers de la mise à
l'épreuve, de mieux comprendre son fonctionnement intellectuel,
et il peut alors intervenir sur lui-même, tant sur son
être que sur sa pensée. Certes le passage par le moment -
ou certains moments - à tonalité psychologique est
difficilement évitable, sans toutefois s'appesantir, car il
s'agit de passer rapidement à l'étape philosophique
subséquente, au moyen de la perspective critique ainsi qu'en
tentant de définir une problématique et des enjeux.
Notre hypothèse de travail consiste précisément
à identifier certains éléments de la
subjectivité, bribes que l'on pourrait nommer opinions,
opinions intellectuelles et opinions émotionnelles, afin d'en
prendre le contre-pied et de faire l'expérience d'une
pensée "autre". Sans cela, comment apprendre à
sortir volontairement et consciemment du conditionnement et de la
prédétermination? Comment émerger du pathologique
et du pur ressenti ? D'ailleurs il peut arriver que le sujet n'ait pas
en lui la capacité d'accomplir ce travail ou même la
possibilité de l'envisager, par manque de distanciation, par
manque d'autonomie, par insécurité ou à cause
d’une forte angoisse quelconque, auquel cas nous ne pourrons
peut-être pas travailler avec lui. Tout comme la pratique d'un
sport exige des dispositions physiques minimales, la pratique
philosophique, avec ses difficultés et ses exigences,
nécessite des dispositions psychologiques minimales,
en-deça desquelles nous ne pourrons pas travailler.
L'exercice doit se pratiquer dans un minimum de
sérénité, avec les diverses pré-conditions
nécessaires à cette sérénité. Une
trop grande fragilité ou susceptibilité
empêcherait le processus de s’effectuer. Or de la
manière dont notre travail se définit, la
causalité d'un manque en ce domaine n'est pas de notre ressort;
en se cantonnant à notre fonction, nous ne saurions aller aux
racines du problème, nous ne pourrions que constater et en
tirer des conséquences. Si le sujet ne nous paraît pas
à même de pratiquer l'exercice bien qu'il ressente
pourtant le besoin de réfléchir sur lui-même, nous
l'inciterons à se diriger plutôt vers des consultations
de type psychologique, ou à la rigueur d’autres types de
pratiques philosophiques. Pour conclure, en ce qui nous concerne, tant
qu’il demeure limité, le passage psychologique n'a aucune
raison d'être évité, la subjectivité ne
devant pas jouer le rôle d'un épouvantail à
moineaux, même si une certaine démarche philosophique,
plutôt scolaire, envisage cette réalité
individuelle comme une obstruction au philosopher. Le philosophe
formel et frileux craint qu'en se frottant à elle, la
distanciation nécessaire à l'activité
philosophique ne soit ainsi perdue.
La parole comme prétexte
Un des aspects de notre pratique qui pose problème au
sujet, est le rapport à la parole que nous tentons d'installer.
En effet, d'une part nous lui demandons de sacraliser la parole,
puisque nous nous permettons de peser attentivement, ensemble, le
moindre terme utilisé, puisque nous nous autorisons à
creuser de l'intérieur, ensemble, les expressions
utilisées et les arguments avancés, au point de les
rendre parfois méconnaissables pour leur auteur, ce qui
l'amènera de temps à autre à crier au scandale en
voyant sa parole ainsi manipulée. Et d'autre part nous lui
demandons de désacraliser la parole, puisque l'ensemble de cet
exercice n'est composé que de mots et que peu importe la
sincérité ou la vérité de ce qu'il avance:
il s'agit simplement de jouer avec les idées, sans pour autant
adhérer nécessairement à ce qui est dit. Seule
nous intéressent la cohérence, les échos que se
renvoient les paroles entre elles, la silhouette mentale qui se
dégage lentement et imperceptiblement. Nous demandons
simultanément au sujet de jouer à un simple jeu, ce qui
implique une distanciation par rapport à ce qui est
conçu comme le réel, et en même temps nous lui
demandons de jouer aux mots avec le plus grand sérieux, avec la
plus grande application, avec plus d'effort qu'il ne met
généralement à construire son discours et
à l'analyser.
La vérité avance ici masquée. Elle n'est plus
vérité d'intention, elle n'est plus
sincérité et authenticité, elle est exigence.
Cette exigence qui oblige le sujet à faire des choix, à
assumer les contradictions mises à jour en travaillant le
fouillis de la parole, quitte à effectuer de radicaux
renversements de fronts, quitte à se déplacer
brutalement, quitte à refuser de voir et de trancher, quitte
à se taire devant les multiples fêlures qui laissent
envisager les plus graves abîmes, les fractures du soi, la
béance de l'être. Nulle autre qualité n'est ici
nécessaire chez l'interrogateur et peu à peu chez le
sujet, sinon celle d'un policier, d'un détective qui traque les
moindres défaillances de la parole et du comportement, qui
demande de rendre des comptes de chaque acte, de chaque lieu et de
chaque instant.
Certes nous pouvons nous tromper dans l'infléchissement
donné à la discussion, ce qui reste la
prérogative de l'interrogateur, le pouvoir indéniable
qu’il détient et doit assumer, incluant son absence
incontestable de neutralité en dépit des efforts
qu’il déploie en ce sens. Certes le sujet peut aussi
"se fourvoyer" dans l'analyse et les idées qu'il
avance, influencées par les questions qu'il subit, mu
aveuglément par les convictions qu'il souhaite défendre,
guidé par des partis pris pour lesquels il a déjà
opté et sur lesquels il serait peut-être bien incapable
de délibérer. "Sur-interprétations",
"més-interprétations" ou
"sous-interprétations" font florès. Peu
importe ces erreurs, apparentes erreurs ou prétendues erreurs.
Ce qui compte pour le sujet est de rester en alerte, d’observer,
d’analyser et de prendre conscience; son mode de
réaction, son traitement du problème, sa manière
de réagir, ses idées qui émergent, son rapport
à lui-même et à l'exercice, tout doit devenir ici
prétexte à l’analyse et à la
conceptualisation. Autrement dit, se tromper n'a plus ici tellement de
sens. Il s’agit surtout de jouer le jeu. Seuls comptent voir et
ne pas voir, la conscience et l'inconscience. Il n'y a plus de bonnes
et de mauvaises réponses, mais il y a "voir les
réponses", et s'il y a tromperie, c'est uniquement dans le
manque de fidélité de la parole à
elle-même, non plus dans le rapport à quelque
vérité distante et pré-inscrite sur fond de ciel
étoilé ou dans quelque bas-fond subconscient.
Néanmoins, cette fidélité est une
vérité sans doute plus terrible que l'autre, plus
implacable: il n'est plus de désobéissance possible,
avec toute la légitimité de cette
désobéissance. Il ne peut y avoir qu'aveuglement.
Douleur et péridurale
Le sujet devient rapidement conscient des enjeux de l'affaire.
Une sorte de panique peut rapidement s'installer. Pour cette raison,
il est important d'installer divers types de
"péridurale" pour l'accouchement en cours.
Premièrement, le plus important, le plus difficile et le plus
délicat reste l'indispensable doigté de l'interrogateur,
qui doit être apte à déterminer quand il est
approprié d'appuyer sur une interrogation et quand il est temps
de passer, de "glisser", quand il est temps de dire ou de
proposer plutôt que d'interroger, quand il est temps d'alterner
entre l'âpre et le généreux; jugement pas toujours
facile à émettre, car nous nous laissons si facilement
emporter par le feu de l'action, par nos envies propres, celles
d'aller jusqu'au bout, celles d'arriver en un lieu
déterminé, celles liées à la fatigue,
celles liées au désespoir, et bien d’autres
inclinations personnelles.
Deuxièmement, l'humour, le rire, liés à la
dimension ludique de l'exercice. Ils induisent une sorte de
"lâcher prise" qui permet à l'individu de se
libérer de lui-même, d'échapper à son drame
existentiel et d’observer sans douleur le dérisoire de
certaines positions auxquelles il s'accroche parfois avec une touche
de ridicule quand ce n'est pas dans la plus flagrante contradiction
avec lui-même. Le rire libère des tensions qui sans cela
pourraient inhiber complètement le sujet dans cette pratique
très corrosive.
Troisièmement, le dédoublement, qui permet au sujet de
sortir de lui-même, de se considérer comme une tierce
personne. Lorsque l'analyse de son propre discours traverse un moment
périlleux, lorsque le jugement bute sur des enjeux trop lourds
à porter, il est utile et intéressant de transposer le
cas étudié sur une tierce personne, en invitant le sujet
à visualiser un film, à imaginer une fiction, à
entendre sons histoire sous la forme d'une fable. "Supposons que
vous lisiez une histoire où l'on raconte que...",
"Supposez que vous rencontrez quelqu'un, et que tout ce que vous
savez à son sujet est que...". Ce simple effet de
narration permet au sujet d'oublier ou de relativiser ses intentions,
ses désirs, ses volontés, ses illusions et
désillusions, pour ne plus traiter que la parole, telle qu'elle
surgit au cours de la discussion, la laissant effectuer ses propres
révélations sans la gommer en permanence par de pesants
soupçons ou de patentes accusations d'insuffisance et de
trahison.
Quatrièmement, la conceptualisation, l'abstraction. En
universalisant ce qui tend à être perçu
exclusivement comme un dilemme ou un problème personnel, en le
problématisant, en le dialectisant, la douleur s'atténue
au fur et à mesure que l'activité intellectuelle se met
en branle. L'activité philosophique elle-même est une
sophrologie, une "consolation", telle que l'envisageaient
les Anciens comme Boèce, Sénèque, Epicure ou plus
récemment Montaigne, baume qui nous permet de mieux envisager
la souffrance intrinsèquement liée à l'existence
humaine.
Exercices annexes
Quelques exercices supplémentaires s'avèrent
très utiles au processus de réflexion. Par exemple
l'exercice du lien. Il permet de sortir le discours de son
côté "flux de conscience" qui fonctionne
purement par libres associations en abandonnant à
l'obscurité de l'inconscient les articulations et jointures de
la pensée. Le lien est un concept d'autant plus fondamental
qu'il touche profondément à l'être, puisqu'il en
relie les différentes facettes, les différents
registres. "Lien substantiel", nous dit Leibniz. "Quel
est le lien entre ce que vous dites ici et ce que vous dites
là?". Mises à part les contradictions qui seront
mises en évidence par cette interrogation, le seront aussi les
ruptures et les sauts qui signalent des nœuds, des points
aveugles, dont l'articulation consciente permet au travers du discours
de travailler de près l'esprit du sujet. Cet exercice est une
des formes de la démarche "anagogique", permettant de
remonter à l'unité, de cerner l'ancrage, de mettre
à jour le point d’émergence de la pensée du
sujet, quitte à critiquer par la suite cette unité,
quitte à modifier cet ancrage.
Autre exercice: celui du "vrai discours". Il se pratique
lorsqu'une contradiction a été décelée,
dans la mesure où le sujet accepte le qualificatif de
contradictoire comme attribut de sa pensée, ce qui n'est pas
toujours le cas: certains sujets refusent de l’envisager et
nient par principe la simple possibilité d'une contradiction
dans leur parole. En demandant lequel est le vrai discours -
même si aux instants généralement
décalés où ils sont prononcés ils le sont
avec autant de sincérité l'un que l'autre - on invite le
sujet à justifier deux positions différentes qui sont
les siennes, à évaluer leur valeur respective, à
comparer leurs mérites relatifs, à
délibérer afin de finalement trancher en faveur de la
primauté d'une des deux perspectives, décision qui
l'amènera à prendre conscience de son propre
fonctionnement. Il n'est pas absolument indispensable de trancher,
mais il est conseillé d'encourager le sujet à s’y
risquer, car il est bien rare sinon presque impossible de rencontrer
une réelle absence de préférence entre deux
visions distinctes, avec les conséquences
épistémologiques qui en dérivent. Les notions de
"complémentarité" ou de "simple
différence" auxquelles fait fréquemment appel le
langage courant, bien qu'elles détiennent leur part de
vérité, servent souvent à gommer les enjeux
réels, quelque peu conflictuels et tragiques, de toute
pensée singulière. Le sujet pourra aussi tenter
d'expliquer le pourquoi du discours qui n'est pas le "vrai".
Souvent il correspondra aux attentes, morales ou intellectuelles,
qu’il croit percevoir dans la société, ou encore
à un désir propre qu’il considère
illégitime; discours en ce sens très
révélateur d'une perception du monde et d'un rapport
à l'autorité ou à la raison.
Autre exercice, celui de "l'ordre". Lorsque l'on demande au
sujet de donner des raisons, des explications ou des exemples à
propos de tel ou tel de ses propos, on lui demandera d'assumer l'ordre
dans lequel il les a énumérés. Surtout le premier
élément de la liste, que l'on mettra en rapport avec un
élément subséquent. En utilisant l'idée
que l’élément premier est le plus évident,
le plus clair, le plus sûr et donc le plus important à
son esprit, on lui demandera d'assumer ce choix,
généralement inconscient. Souvent le sujet se rebellera
à cet exercice, refusant d'assumer le choix en question,
reniant ce rejeton enfanté malgré lui. En acceptant
d'assumer cet exercice, il devra rendre compte - qu’il y
adhère de manière explicite, implicite ou pas du tout -
des présupposés contenus par tel ou tel choix. Au pire,
comme pour la plupart des exercices de la consultation, cela
l’habituera à décoder toute proposition
avancée pour en saisir le contenu épistémologique
et entrevoir les concepts véhiculés, quand bien
même il se désolidariserait de l’idée.
Universel et singulier
Globalement, que demandons-nous au sujet qui désire
s’interroger, à celui qui souhaite philosopher à
partir et à propos de son existence et se pensée? Il
doit apprendre à lire, à se lire,
c’est-à-dire apprendre à transposer ses
pensées et apprendre à se transposer lui-même
à travers lui-même; dédoublement et
aliénation qui nécessitent la perte de soi par un
passage à l’infini, par un saut dans le pur possible. La
difficulté de cet exercice est qu’il s’agira
toujours de gommer quelque chose, d’oublier, d’aveugler
momentanément le corps ou l’esprit, la raison ou la
volonté, le désir ou la morale, l’orgueil ou la
placidité. Pour ce faire, il faut que se taise le discours
annexe, le discours de circonstance, le discours de remplissage ou
d’apparence: soit la parole assume sa charge, ses implications
ou son contenu, soit elle doit apprendre à se taire. Une parole
qui n’est pas prête à assumer son être
propre, dans toute son ampleur, une parole qui n’est pas
désireuse de prendre conscience d’elle-même,
n’a plus lieu de se présenter à la lumière,
en ce jeu où seul le conscient a le droit de cité,
théoriquement et tentativement du moins. Evidemment, certains
ne désireront pas jouer le jeu, considéré trop
pénible, la parole est ici trop chargée d’enjeux.
En obligeant le sujet à sélectionner son discours, en
lui renvoyant par l’outil de la reformulation l’image
qu’il déploie, il s’agit d’installer une
procédure où la parole sera la plus
révélatrice possible. Certes il est possible et parfois
utile d’emprunter des chemins déjà tracés,
par exemple en citant des auteurs, mais il est de règle alors
d’en assumer la teneur comme si elle était exclusivement
nôtre. D’ailleurs, que tentons-nous de faire, sinon de
retrouver en chaque discours singulier, aussi malhabile soit-il, les
grandes problématiques, estampillées et codifiées
par d’illustres prédécesseurs? Comment
s’articulent chez chacun absolu et relatif, monisme et dualisme,
corps et âme, analytique et poétique, fini et infini,
etc. Au risque du sentiment de trahison, car on peut difficilement
supporter de voir sa parole ainsi traitée, même par
nous-même. Un sentiment de douleur et de dépossession,
comme celui qui verrait son corps être opéré quand
bien même toute douleur physique y aurait été
annihilée. Parfois, pressentant les conséquences
d’une interrogation, le sujet tentera par tous les moyens
d’éviter de répondre. Si l’interrogateur
persévère par des voies détournées, une
sorte de réponse finira sans doute par émerger, mais
uniquement au moment où l’enjeu aura disparu
derrière l’horizon, tant et si bien que le sujet,
rassuré par cette disparition, ne saura plus établir de
lien avec la problématique initiale. Si l’interrogateur
récapitule les étapes afin de rétablir le fil
d’Ariane de la discussion, le sujet pourra alors accepter ou ne
pas accepter de voir, selon les cas. Un moment crucial, bien que le
refus de voir peut parfois n’être que verbal: le chemin ne
pourra pas ne pas avoir tracé quelque empreinte dans
l’esprit du sujet. Bien que par un mécanisme de pure
défense, ce dernier essaiera parfois de rendre verbalement tout
travail impossible.
Accepter la pathologie
En guise de conclusion sur les difficultés de la
consultation philosophique, disons que la principale épreuve
réside en l’acceptation de l’idée de
pathologie, prise au sens philosophique. En effet, toute posture
existentielle singulière, choix qui s’effectue plus ou
moins consciemment au fil des ans, fait pour de nombreuses raisons
l’impasse sur un certain nombre de logiques et
d’idées. Fondamentalement, ces pathologies ne sont pas en
nombre infinies, bien que leurs articulations spécifiques
varient énormément. Mais pour celui qui les subit, il
est difficile de concevoir que les idées sur lesquelles il axe
son existence soient réduites aux simples conséquences,
quasi prévisibles, d’une faiblesse chronique dans sa
capacité de réflexion et de délibération.
Pourtant, le "penser par soi-même" que prônent
bon nombre de philosophes n’est-il pas un art qui se travaille
et s’acquiert, plutôt qu’un talent inné,
donné, qui n’aurait plus à revenir sur
lui-même ?
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