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LA CONSULTATION PHILOSOPHIQUE
LES PRINCIPES
Très peu connu en France, le cabinet
philosophique ou philosophie pratique est une activité de
consultation qui s’exerce principalement en Hollande, en
Allemagne, aux Etats-Unis et en Israël. Les méthodes
varient énormément selon les praticiens qui les
conçoivent et les appliquent. Dans le présent article,
Oscar Brenifier aborde les conceptions et méthodes
utilisées dans le travail qu’il mène depuis
quelque temps en ce domaine.
Naturalisme philosophique
Depuis quelques années, un vent nouveau semble souffler
sur la philosophie. Sous diverses formes, il a pour constante de
prétendre extirper la philosophie de son cadre purement
universitaire et scolaire, où la perspective historique reste
le vecteur principal. Diversement reçue et
appréciée, cette tendance incarne pour les uns une
oxygénation nécessaire et vitale, pour les autres une
vulgaire et banale trahison, digne d’une époque
médiocre. Parmi ces quelques «nouveautés»
philosophiques, émerge l’idée que la philosophie
ne se cantonne pas à l’érudition et au discours,
mais qu’elle est aussi une pratique. Bien entendu cette
perspective n’innove pas vraiment, dans la mesure où elle
représente un retour aux préoccupations originelles,
à cette quête de sagesse qui articula le terme même
de philosophie; bien que cette dimension soit relativement
occultée depuis plusieurs siècles par la facette
«savante» de la philosophie.
Toutefois, en dépit du côté
«déjà vu» de l’affaire, les profonds
changements culturels, psychologiques, sociologiques et autres qui
séparent notre époque par exemple de la Grèce
classique, altèrent radicalement les données du
problème. La philosophia perennis se voit donc obligée
de rendre des comptes à l’histoire, son
immortalité pouvant difficilement faire l’économie
de la finitude des sociétés qui formulent ses
problématiques et ses enjeux. Ainsi la pratique philosophique -
comme les doctrines philosophiques - se doit d'élaborer les
articulations correspondant à son lieu et à son
époque, en fonction des circonstances qui
génèrent cette matrice momentanée, même si
au bout du compte il ne semble guère possible
d’éviter, de sortir ou dépasser le nombre
restreint de grandes problématiques qui depuis l’aube des
temps constituent la matrice de toute réflexion de type
philosophique, quelle que soit la forme extérieure qu’en
prennent les articulations.
Le naturalisme philosophique que nous évoquons ici est au
centre du débat, en ce qu'il critique la
spécificité de la philosophie sur le plan historique et
géographique. Il présuppose que l'émergence de la
philosophie n'est pas un événement particulier, mais que
sa substance vive se niche au cœur de l'homme et tapisse son
âme, même si à l'instar de toute science ou
connaissance, certains moments et certains lieux paraissent plus
déterminants, plus explicites, plus favorables, plus cruciaux
que d'autres. Comme en tant qu'êtres humains nous partageons un
monde commun (en dépit de l'infinité des
représentations qui fait subir à cette unité un
sérieux tir de barrage) et condition - ou nature - commune
(là encore en dépit du relativisme culturel et
individuel ambiant), nous devrions pouvoir retrouver, au moins de
manière embryonnaire, un certain nombre d'archétypes
intellectuels constituant l'armature de la pensée historique.
Après tout, la force d'une idée reposant sur son
opérativité et son universalité, toute
idée maîtresse devrait se retrouver en chacun de nous.
N'est-ce pas là, exprimé en d'autres termes et
perçu sous un autre angle, l'idée même de la
réminiscence platonicienne? La pratique philosophique devient
alors cette activité permettant d'éveiller chacun au
monde des idées qui l'habite, tout comme la pratique artistique
éveille chacun au monde des formes qui l'habite, chacun selon
ses possibilités, sans pour autant tous être des Kant ou
des Rembrandt.
La double exigence
Deux préjugés particuliers et courants sont
à écarter afin de mieux appréhender la
démarche qui nous occupe ici. Le premier préjugé
consiste à croire que la philosophie, et donc la discussion
philosophique, est réservée à une élite
savante; il en irait de même pour la consultation philosophique.
Le deuxième préjugé, à l'inverse du
premier - son complément naturel - consiste à penser que
la philosophie est en effet réservée à une
élite savante, avec pour autre conclusion, attendue: la
consultation philosophique ne peut être philosophique
puisqu'elle est ouverte à tous. Ces deux préjugés
expriment une seule fracture; il nous reste à tenter de
démontrer simultanément que la pratique philosophique
est ouverte à tous et qu'elle implique une certaine exigence la
distinguant de la simple discussion. De surcroît il nous faudra
quelque peu différencier notre activité de la pratique
psychologique ou psychanalytique avec laquelle on ne saura manquer de
l'amalgamer.
Les premiers pas
«Pourquoi êtes-vous là?» Cette
question inaugurale s'impose comme la première, la plus
naturelle, celle que l'on se doit de poser en permanence à
quiconque sinon à soi-même. Il est regrettable que tout
enseignant chargé d'un cours d'introduction à la
philosophie ne démarre son année scolaire avec ce genre
de questions naïves. Au travers de ce simple exercice,
l'élève, habitué depuis des années
à la routine scolaire, saisirait d'emblée l'enjeu de
cette matière étrange qui interroge jusqu'aux
évidences les plus criantes; la difficulté de
répondre réellement à une telle interrogation
ainsi que le large éventail des réponses possibles
feraient éclater promptement l'apparente banalité de la
question. Bien entendu, il s'agit pour cela de ne pas se contenter
d'une de ces ébauches de réponse qu'on laisse tomber du
bout des lèvres afin d’éviter de penser.
Lors des consultations, bon nombre de premières réponses
sont du genre: «parce que je ne connais pas tellement la
philosophie», «parce que la philosophie m'intéresse
et que je voudrais en savoir plus», ou encore «parce que
j'aimerais savoir ce que dit le philosophe - ou la philosophie -
à propos de...». Le questionnement doit se poursuivre
sans tarder, afin de révéler les
présupposés non avoués de ces tentatives de
réponses, pour ne pas dire de ces non-réponses. Ce
processus ne manquera pas de faire apparaître certaines
idées du sujet (personne engagée dans la consultation -
ndla) à propos de la philosophie ou de tout autre thème
abordé, l'impliquant dans une prise de position
nécessaire à cette pratique. Non pas qu'il faille
nécessairement connaître «le fond» de sa
pensée, contrairement à la psychanalyse, mais parce
qu'il s'agit de se risquer sur une hypothèse afin de la
travailler.
Cette dernière distinction est importante, pour deux raisons
touchant de prêt aux bases de notre travail. La première
est que la vérité n'avance pas nécessairement
sous le couvert de la sincérité ou d'une
«authenticité» subjective, elle peut même lui
être radicalement opposée; opposition se calquant sur le
principe selon lequel l'envie contrarie souvent la raison. De ce point
de vue, peu importe que le sujet adhère à l'idée
qu'il avance. «Je ne suis pas sûr de ce que je dis (ou
vais dire)» entend-on souvent. Mais de quoi voudrait-on
être sûr? Cette incertitude n'est-elle pas justement ce
qui nous permettra de mettre à l'épreuve votre
idée, alors que toute certitude inhiberait un tel processus? La
deuxième raison, proche de la première, est que doit
s'installer une distanciation, nécessaire à un travail
réfléchi et posé, condition indispensable
à la conceptualisation que nous voulons induire. Deux
conditions qui ne doivent nullement empêcher le sujet de se
risquer sur des idées précises, il le fera au contraire
plus librement. Le scientifique discutera plus facilement des
idées sur lesquelles il n'engage pas inextricablement son ego,
sans pour autant interdire qu'une idée lui plaise ou lui
convienne plus que d'autres.
Une fois l'hypothèse exprimée et quelque peu
développée (directement ou grâce à des
questions) l'interrogateur proposera une reformulation de ce qu'il a
entendu. Généralement le sujet exprimera un certain
refus initial - ou accueil mitigé - de la reformulation
proposée: «Ce n'est pas ce que j'ai dit. Ce n'est pas ce
que j'ai voulu dire.» Il lui sera alors proposé
d'analyser ce qui ne lui plaît pas dans la reformulation ou de
rectifier son propre discours. Toutefois, il devra auparavant
préciser si la reformulation a trahi le discours en changeant
la nature de son contenu (ce qui doit être déclaré
possible, l'interrogateur n'étant pas parfait...), ou si elle
l'a trahi en révélant au grand jour ce qu'il n'osait pas
voir et admettre dans ses propres paroles. On aperçoit ici
l'enjeu énorme que pose sur le plan philosophique le dialogue
avec l'autre: dans la mesure où l'on accepte le difficile
exercice de «peser» les mots, l'auditeur devient un miroir
impitoyable qui nous renvoie durement à nous-même. La
présence de l'autre est toujours un risque, dont nous ignorons
trop la portée.
Lorsque ce qui a été exprimé initialement ne
paraît pas reformulable, par confusion ou manque de
clarté, l'interrogateur pourra sans hésitation demander
au sujet de répéter ce qu'il a déjà dit ou
de l'exprimer autrement. Si l'explication est trop longue ou devient
prétexte à une parole de défoulement (de type
associatif et incontrôlé), l'interrogateur
n'hésitera pas à interrompre: «Je ne suis pas
sûr de comprendre où vous allez. Je ne saisis pas
exactement le sens de vos paroles.» Il pourra alors proposer
l'exercice suivant: «Dites-moi en une seule phrase ce qui vous
semble essentiel dans votre propos. Si vous n'aviez qu'une seule
phrase à me dire à ce sujet, que serait-elle?» Le
sujet ne manquera pas d'exprimer sa difficulté avec l'exercice,
d'autant plus qu'il vient de manifester son handicap à formuler
une parole claire et concise. Mais c'est en la constatation de cette
difficulté que commence aussi la prise de conscience
liée au philosopher.
Anagogie et discrimination
Une fois quelque peu clarifiée l'hypothèse de
départ, sur la nature du philosopher qui amène le sujet
à l'entretien, ou sur un autre thème qui le
préoccupe, il s'agit maintenant de lancer le processus de
remontée anagogique décrit dans les œuvres de
Platon. Les éléments essentiels en sont ce que nous
appellerons d'une part «l'origine» et d'autre part la
«discrimination». Nous commencerons par demander au sujet
de rendre compte de son hypothèse en lui prescrivant de
justifier son choix. Soit au moyen de l'origine: «Pourquoi telle
formulation?» «Quelle est l'intérêt d'une
telle idée?». Soit au moyen de la discrimination:
«Quel est le plus important des divers éléments
exprimés?» «Quel est le mot clef de votre
phrase?». Cette partie de l'entretien s'effectue en combinant
tour à tour l'un et l'autre de ces deux moyens.
Le sujet tentera souvent d'échapper à cette étape
de la discussion en se réfugiant dans le relativisme de
circonstance ou la multiplicité indifférenciée.
«Ça dépend […] Il y a beaucoup de raisons
[…] Tous les mots ou les idées sont importants.»
Le fait de choisir, d'obliger à «vectoriser» la
pensée, permet tout d'abord d'identifier les ancrages, les
«refrains», les constantes, les présupposés,
pour ensuite les mettre à l'épreuve. Car après
plusieurs étapes de remontée (origine et
discrimination), une sorte de trame apparaît, qui rend visible
les fondements et articulations centrales d'une pensée. En
même temps, au travers de la hiérarchisation
assumée par le sujet, une dramatisation des termes et des
concepts s'effectue, qui sort les mots de leur totalité
indifférenciée, de l'effet «masse» qui gomme
les singularités. En séparant les idées les unes
des autres, le sujet devient conscient des opérateurs
conceptuels par lesquels il discrimine.
Bien entendu, l'interrogateur a ici un rôle clef, qui consiste
à souligner ce qui vient d'être dit, afin que les choix
et leurs implications ne passent pas inaperçus. Il pourra
même insister en demandant au sujet s'il assume pleinement les
choix qu'il vient d'exprimer. Il devra toutefois éviter de
commenter, quitte à poser certaines questions
complémentaires s'il entrevoit des problèmes ou des
inconséquences dans ce qui vient d'être articulé.
Le tout est d'amener le sujet à évaluer librement les
implications de ses propres prises de position, à entrevoir ce
que recèle sa pensée et de ce fait la pensée en
soi. Ce qui l'extirpe lentement de l'illusion qu'entretiennent les
sentiments d'évidence et de neutralité,
propédeutique nécessaire à l'élaboration
d'une perspective critique, celle de l'opinion en
général et celle en particulier de la sienne propre.
Penser l'impensable
Une fois identifié un ancrage particulier, le moment est
venu d'en prendre le contre-pied. Il s'agit de l'exercice que nous
nommerons «penser l'impensable». Quel que soit l'ancrage
ou la thématique particulière que le sujet aura
identifié comme central à sa réflexion, nous lui
demanderons de formuler et développer l'hypothèse
contraire: «Si vous aviez une critique à formuler
à l'encontre de votre hypothèse, que serait-elle? Quelle
est l'objection la plus consistante que vous connaissez ou que vous
pouvez imaginer à l'égard de la thèse qui vous
tient à cœur? Quelles sont les limites de votre
idée?» Que l'amour, la liberté, le bonheur, le
corps ou autre constitue le fondement ou la référence
privilégiée du sujet, dans la plupart des cas il se
sentira incapable d'effectuer un tel revirement intellectuel. Penser
une telle «impossibilité» lui fera l'effet de
plonger dans l'abîme. Parfois ce sera le cri du cœur:
«Mais je ne veux pas!».
Ce moment de crispation sert avant tout à effectuer une prise
de conscience quant au conditionnement psychologique et conceptuel du
sujet. En l'invitant à penser l'impensable, on l'invite
à analyser, à comparer et surtout à
délibérer, plutôt que de prendre pour acquise et
irréfutable telle ou telle hypothèse de fonctionnement
intellectuel et existentiel. Il réalise alors les
rigidités qui formatent sa pensée sans qu'il s'en
aperçoive. «Mais alors on ne peut plus croire à
rien!», lâchera-t-il. Si, mais au moins pendant le temps
d'un exercice, durant une toute petite heure, se demander si
l'hypothèse inverse, si la «croyance» inverse ne
tient pas tout aussi bien la route. Or bizarrement, à la grande
surprise du sujet, une fois qu'il se risque à cette
hypothèse inverse, il s'aperçoit qu'elle a beaucoup plus
de sens qu'il ne croyait a priori et qu'en tout cas elle
éclaire de manière intéressante son
hypothèse de départ, dont il réussit à
mieux cerner la nature et les limites. Cette expérience fait
voir et toucher du doigt la dimension libératrice de la
pensée, dans la mesure où elle permet de remettre en
question les idées sur lesquelles on se crispe inconsciemment,
de se distancier de soi-même, d'analyser ses schémas de
pensée - quant à la forme et au fond - et de
conceptualiser ses propres enjeux existentiels.
Passer au «premier étage»
En guise de conclusion, il sera demandé au sujet de
récapituler les passages importants de la discussion, afin de
revoir et résumer les moments forts ou significatifs. Ceci
s'accomplira sous la forme d'un retour sur l'ensemble de l'exercice.
«Que s'est-il passé ici?» Cette ultime partie de
l'entretien se nomme aussi «passer au premier
étage»: analyse conceptuelle en opposition au vécu
du «rez-de-chaussée». De cette perspective
surélevée, le défi consiste à se voir
agir, à analyser le déroulement de l'exercice, à
évaluer les enjeux, à sortir du brouhaha de l'action et
du fil de la narration, pour capturer les éléments
essentiels de la consultation, les points d'inflexion du dialogue. Le
sujet s'engage dans un métadiscours à propos du
tâtonnement de sa pensée. Ce moment est crucial, car il
est le lieu de la prise de conscience de ce fonctionnement double
(dedans/dehors) de l'esprit humain, intrinsèquement lié
à la pratique philosophique. Il permet l'émergence de la
perspective à l'infini qui fait accéder le sujet
à une vision dialectique de son propre être, à
l'autonomie de sa pensée.
Est-ce bien philosophique?
Que cherchons-nous à accomplir au travers de ces
exercices? En quoi sont-ils philosophiques? Comment la consultation
philosophique se distingue-t-elle de la consultation psychanalytique?
Comme il l’a déjà été
évoqué, trois critères particuliers
spécifient la pratique en question: identification, critique et
conceptualisation. (Mentionnons un autre critère important: la
distanciation, que toutefois nous ne retiendrons pas comme
quatrième élément car elle est implicitement
contenue dans les trois autres.) D'une certaine manière, cette
triple exigence capture assez bien ce qu'exige la rédaction
d'une dissertation. Dans cette dernière, à partir d'un
sujet imposé, l'élève doit exprimer quelques
idées, les mettre à l'épreuve et formuler une ou
quelques problématiques générales, avec ou sans
l'aide des auteurs consacrés. La seule différence
importante porte sur le choix du thème à traiter: ici le
sujet choisit son propre objet d'étude, ce qui accroît la
portée existentielle de la réflexion, rendant d'ailleurs
peut-être plus délicat le traitement philosophique de ce
sujet.
L'objection sur le côté «psychologisant» de
l'exercice n'est pas à écarter trop rapidement. D'une
part parce que la tendance est grande chez le sujet - face à un
interlocuteur unique qui se consacre à son écoute - de
s'épancher sans retenue aucune sur son ressenti, surtout s'il a
déjà pris part à des entretiens de type
psychologique. Il se sentira d'ailleurs frustré de se voir
interrompu, de devoir porter des jugements critiques sur ses propres
idées, de devoir discriminer entre ses diverses propositions,
etc. Autant d'obligations qui font pourtant partie du
«jeu», de ses exigences et de ses mises à
l'épreuve. D'autre part parce que pour des raisons diverses, la
philosophie tend à ignorer la subjectivité individuelle,
pour se consacrer surtout à l'universel abstrait, aux notions
désincarnées. Une sorte de pudeur extrême, voire
de puritanisme amène le professionnel de la philosophie
à craindre l'opinion au point de vouloir l'ignorer,
plutôt que de voir en cette opinion l'inévitable point de
départ de tout philosopher; que cette opinion soit celle du
commun des mortels ou celle du spécialiste, ce dernier se
trouvant non moins victime de cette «maladive» et funeste
opinion.
Ainsi notre exercice consiste premièrement à identifier
chez le sujet, au travers de ses opinions, les
présupposés non avoués à partir desquels
il fonctionne. Ce qui permet de définir et creuser le ou les
points de départ. Deuxièmement à prendre le
contre-pied de ces présupposés, afin de transformer
d'indiscutables postulats en simples hypothèses.
Troisièmement d'articuler les problématiques ainsi
générées au travers de concepts identifiés
et formulés. En cette dernière étape, - ou
auparavant si l'utilité s'en fait sentir plus tôt -
l'interrogateur pourra utiliser des problématiques
«classiques», attribuables à un auteur, afin de
valoriser ou mieux identifier tel ou tel enjeu apparaissant au cours
de l'entretien.
Certes il est douteux qu'un individu unique refasse à lui tout
seul l'histoire de la philosophie, pas plus d'ailleurs que celle des
mathématiques ou du langage. De surcroît pourquoi
faudrait-il faire fi du passé? Nous serons toujours des nains
juchés sur des épaules de géants. Mais
faudrait-il pour autant ne pas se risquer à la gymnastique, en
se contentant de regarder et d'admirer les athlètes sous
prétexte que nous sommes courts sur pattes, voire
handicapés? Faudrait-il se contenter d'aller au Louvre et ne
pas mettre la main à la glaise, sous prétexte que nos
membres n'ont pas l'agilité de ceux des êtres
inspirés? Serait-ce manquer de respect aux «grands»
que de vouloir les imiter? Ne serait-ce pas les honorer, au moins tout
autant qu'en les admirant et en les citant? En fin de compte, ne nous
ont-ils pas pour la plupart enjoint à penser par
nous-même?
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